De l’interdiction des sondages électoraux au Maroc

Elections Maroc

A l’approche des élections législatives, le ministère de l’intérieur nous rappelle que les sondages de nature politique sont interdits et punis par la loi. Médias, garde à vous, vous êtes dans le viseur et de surcroît prévenus !

Le son de cloche de l’énième interdiction proférée par notre gouvernement cette année a donc sonné, et l’on serait bien tenté de crier à l’absurde et de s’insurger contre ce dernier qui brille de plus en plus par sa manie chronique d’ôter… les libertés et le droit à l’opinion. Mais, ne nous hâtons pas à juger, ne doutons pas d’emblée de la bonne foi de nos exemplaires dirigeants et des textes de lois sensés nous encadrer et nous protéger. Y-a-t-il donc du bien-fondé dans cette démarche à première vue liberticide ?

Les critiques à l’encontre des sondages d’intention de vote qui alimentent les débats électoraux dans les démocraties voisines sont nombreuses. On fustige de part et d’autre, le manque de fiabilité de ces dits sondages dû aux « plantages » des instituts qui les conduisent, les erreurs d’analyse des spécialistes, journalistes et commentateurs de la scène politique et surtout le risque de manipulation qu’ils peuvent exercer sur l’opinion publique en orientant le vote plutôt que d’en jauger l’intention. Pour faire court, ces sondages ont des limites avérées. Il n’en demeure pas moins qu’ils jouent un rôle certes controversé mais primordial dans le déroulement des campagnes électorales et plus largement dans le développement de la communication politique au sein des sociétés démocratiques.

Conséquemment, y interdire les sondages préélectoraux serait impensable à la fois parce que personne ne peut assumer politiquement une telle position de censure ni la faire respecter en pratique à l’heure d’internet et du détournement de toutes les prohibitions qui lui sont imposées.

Intéressons-nous à présent aux raisons de cette interdiction chez nous. Selon le communiqué du ministère de l’intérieur, elles tiendraient à la volonté « de préserver la crédibilité et la transparence du processus électoral et éviter tout ce qui est de nature à contribuer à l’orientation de la volonté et des choix des électeurs » en ajoutant « qu’en l’absence d’un cadre législatif régissant les sondages d’opinion et leur contrôle, ces derniers demeurent imprécis et partiels dans la majorité des cas ». Nous n’avons donc rien à envier à nos voisins, nos dirigeants baignent dans la transparence et se battent pour faire respecter l’exactitude et la précision dans la compétition électorale… à coup d’interdiction.

Nul besoin de s’étaler sur l’opacité, les magouilles, et machinations politiques qui caractérisent la période électorale au Maroc pour se rendre à l’évidence que cette interdiction n’est qu’une énième tentative d’usurpation de la voix du citoyen. On cherche encore une fois à décourager sa participation au débat public autrement que par la voie des urnes dont on le dégoûte et le dissuade au rythme des scandales politiques quasi quotidiens et l’impunité qui s’en suit presque toujours.

Yousra Jarni

Yousra Jarni

Consultante digitale

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