Donald Trump : L’iconoclaste qui veut renouer avec la grandeur des Etats-Unis

Trump

Le milliardaire newyorkais, Donald Trump, officiellement investi, vendredi, 45è Président des Etats Unis, après son triomphe au mois de novembre dernier, qui a été une répudiation de toute une industrie de consultants, d’experts et d’instituts de sondage, se veut un iconoclaste porteur d’un “nouvel ordre politique” faisant écho aux mécontentements et à la désaffection qui traversent la société américaine contre le statu quo et les élites politiques à Washington.

Donald Trump a mené une insurrection d’abord contre des poids lourds du parti Républicain lors des primaires, puis face à la machine électorale formidable de l’ancienne Secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, avec ses soutiens au sein de la grande majorité des médias américains, des milieux des affaires et financiers et auprès du désormais ex-Président Barack Obama, qui n’avait pas hésité à peser de tout son et son prestige pour la faire élire.

Plusieurs observateurs s’accordent à souligner qu’avec l’élection du magnat de l’immobilier, l’Amérique a “davantage voté pour un changement de régime que de celui d’un parti politique”, dans la mesure où “la rage populaire” ayant porté Trump au pinacle a été en partie exprimée par les citoyens américains ordinaires qui se voyaient comme les laissés pour compte de la prospérité et de l’essor du pays.

Et pour cause, dans cette Amérique anxieuse et moins sûre des perspectives d’avenir, les revenus moyens d’un Américain de sexe masculin ont été en 2016 inférieurs à ce qu’ils furent durant les années 1970, dans un contexte où la mobilité sociale créatrice de richesse est en berne tout comme le pouvoir d’achat.

Populiste et souverainiste à outrance, Trump a su jouer sur cette désaffection et cette colère populaire qui en veut au statu quo et à tout ce qui s’apparente de près ou de loin à Washington D.C, où, répétait-il lors de ses innombrables meetings, “il faut assécher le marigot” d’une vie politique rythmée par les clivages idéologiques au sein du Congrès, et entre la majorité républicaine dans l’organe législatif et l’Administration Obama.

Dans ce contexte où la classe politique est non seulement jugée coupable d’avoir exacerbé la polarisation du paysage politique et perverti l’équilibre sacré entre les différentes branches du pouvoir aux Etats-Unis, sur fond de sentiments d’insécurité ayant atteint des dimensions inégalées depuis les attentats du 11 septembre 2001, Trump a exploité à son avantage ces appréhensions, ces insécurités économiques et culturelles, voire identitaires.

Une fois installé au bureau ovale, Donald Trump devra mettre en œuvre les propositions choc de son programme électoral, à savoir l’abrogation de la loi sur le système de santé, communément appelée “Obamacare”, dont la procédure d’annulation a été déjà déclenchée dans un congrès à majorité républicaine et l’expulsion des sans-papiers, ainsi que la construction d’un mur le long des frontières avec le Mexique.

Son programme électoral portait aussi sur une réduction substantielle des impôts. Les taxes sur les entreprises actuellement à hauteur de 25 % devraient passer à 15 %, selon les projections des économistes, ajoutant qu’un plafond de 25 % sera imposé aux impôts des particuliers contre les 40 % actuels.

Sur le plan international, Donald Trump avait annoncé son intention de procéder à une renégociation de tous les accords économiques liant Washington avec d’autres puissances comme la Chine et à intensifier la lutte contre le groupe terroriste Daech.

Dans un article d’opinion publié par le Wall Street Journal, Richard Haass, Président de l’influent think tank, Council on Foreign Relations, estime que la politique étrangère américaine peut supporter un certain degré de changement, qui doit être introduit dans le seul cas où les bénéfices dépassent les risques et les coûts. La nouvelle administration “se doit d’agir avec précaution, insiste-t-il, car elle hérite d’une conjoncture internationale pour le moins intimidante qu’il ne convient en aucun cas de rendre pire”.

Fouad ARIF

Journaliste à la MAP

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