D’une manif à l’autre : de la grâce à la grossièreté

drapeau Israël
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Manifester est un droit constitutionnel et souvent un devoir moral. La mort de Mohcine Fikri, le 28 octobre dernier, vendeur de poissons broyé par une benne à ordures alors qu’il essayait de s’interposer à la destruction de sa marchandise par les autorités, a mis le pays en émoi.

Ainsi, les Marocains se sont rassemblés dans les rues par milliers à plusieurs reprises et dans plusieurs villes du royaume. Les slogans scandés revendiquaient que justice lui soit rendue et à plus forte raison que la « hogra » soit combattue. Ces mobilisations ont été caractérisées par un pacifisme et un respect salutaires. Durant les semaines qui viennent de s’écouler, les Marocains ont été dignes et se sont adonnés à un bel exercice de citoyenneté et d’aspiration démocratique.

La manifestation organisée à Rabat, le 9 novembre, pour protester contre la présence d’Israël à la COP22 a été en revanche à l’opposé de ce bel élan. En effet, quelques centaines de personnes se sont réunies devant le Parlement pour dénoncer la « normalisation » des relations avec Israël en criant « mort à l’Amérique, mort à Israël » et en brûlant le drapeau israélien.

Appeler à la mort des Etats-Unis et d’Israël en plus d’être un discours haineux et xénophobe, est totalement démagogique et défie tout entendement. Comment peut-on à la fois souhaiter la mort de millions de personnes indépendamment de leur soutien ou pas à l’occupation israélienne et à la fois souhaiter la libération et la protection des vies des palestiniens ?  La vie d’innocents serait-elle à valeur variable en fonction de leur confession ou de leur nationalité ?  C’est très compliqué à assimiler, à justifier et impossible à cautionner quand on a le souci de la cohérence et l’amour de la paix.

Quant à brûler un drapeau pour exprimer une quelconque revendication, ce n’est en rien un acte salvateur. C’est tout au plus un acte symbolique chargé de violence et d’agressivité. Mettre feu au drapeau israélien pour faire foi de solidarité avec le peuple palestinien est exaspérant. D’abord, parce que nous ne pouvons dénoncer la barbarie et la terreur en employant des méthodes qui leur sont empruntées. Ensuite, parce que brûler le drapeau d’un pays quel qu’il soit ne le fera ni disparaître ni changer de politique, ni aucunement avancer la cause palestinienne. Cela est uniquement révélateur d’un antisémitisme de plus en plus présent dans notre société que certains de nos politiques n’hésitent pas à nourrir pour défendre leurs agendas.

Les humanistes du monde entier veulent voir cesser l’occupation israélienne des territoires palestiniens qui s’exerce dans des conditions monstrueuses et horrifiantes. Une situation condamnable à tout point de vue et qui mérite amplement une opposition universelle. Manifester dans ce sens est tout à fait louable et souhaitable mais le faire en appelant à la haine et au meurtre n’est à la hauteur ni de la cause du peuple palestinien, ni de sa souffrance, ni de son admirable résistance.

Concluons sur cette fameuse citation de Nietzsche qui prend ici tout son sens : « Celui qui doit combattre des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes dans un abîme, l’abîme regarde aussi en toi ».

Yousra Jarni

YOUSRA JARNI

Consultante digitale

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