La toile de la veuve noire (PART 3)

La toile de la veuve noire
©DR
Part 1
Part 2

– Oui allo !

– Allo inspecteur, je préfère vous appeler parce que cette chambre est forcément truffée de caméras et de micros.

– Vous avez bien fait. Restez en ligne, je reviens dans une minute.

Dalil posa le combiné sur la table de chevet -il n’avait jamais fait l’acquisition d’un téléphone portable sous prétexte de garder une once d’imprévu dans sa vie-, puis, il s’empressa d’aller remonter l’historique de sa conversation. Sophia l’avait prévenu de cet appel à 11h32. Il consulta sa montre, elle indiquait 11h44. Non seulement l’entité qui se dissimulait derrière cet écran pouvait deviner le passé, mais elle avait aussi la capacité de prédire l’avenir, du moins l’avenir proche. Il garda un semblant de sang froid et reprit son aparté câblé :

– Allo inspecteur, je suis à vous maintenant. Vous avez du nouveau ?

– Oui. La femme qui vous parle sur Facebook n’existe pas, elle est morte dans un accident de voiture, répondit Brahim avec cette involontaire précipitation dont font preuve les fonctionnaires désireux de rapporter le devoir accompli à la hiérarchie.

– Pouvez-vous me confirmer si l’accident a eu lieu il y a 8 jours ? questionna Dalil dans l’espoir de recevoir une réponse négative.

– Attendez. Humm, on est dimanche, l’accident a eu lieu samedi, ce qui fait humm, une semaine et un jour. C’est exactement ça, inspecteur, 8 jours. Comment vous l’avez su ?

– Merci pour l’info, à tout à l’heure.

– Attendez, comment…

Dalil raccrocha, puis se pencha sur un plan de contre-attaque. Aucun homme auparavant n’avait réussi à le déstabiliser de la sorte, pas même le tueur au Beretta, et ce n’était pas une vulgaire machine avec des boutons qui allait le faire. Il rassembla son esprit et ses sens et envoya :

– Avez- vous tué Adam ?

– Oui.

– Comment ?

– Tout en sexe et en musique.

– Développez.

– Est-ce que vous connaissez les e-drogues effet « orgasmes »?

– Non, je ne connais pas, c’est quoi ?

– C’est un bon moyen pour envoyer une crise cardiaque à distance. Faites votre boulot, inspecteur, creusez plus J !

– Pourquoi ?

– Pourquoi quoi ?

– Pourquoi l’avez-vous tué ?

– Parce qu’il m’a violée puis assassinée. De son vivant ce salopard était plus vicieux qu’une carie, comme dirait si justement votre collègue Brahim.

– Prouvez-le !!!

– A 45 mètres au sud-est de la borne internet qui se situe au nouveau quartier Rahma, vous allez trouver mon corps. Je vous le réécris, inspecteur : C R E U S E Z.

– Vous vous êtes donc vengée sur la toile, à la manière de la Veuve noire.

– On peut dire ça. J’aime bien le jeu de mots ! J.

– Récapitulons. Si je comprends bien, vous avez tué Adam parce qu’il vous a tuée. Et pour ce faire, vous avez utilisé le compte de la défunte Abla en vous introduisant dans le réseau à travers la borne à côté de laquelle Adam vous a enterrée. C’est bien ça ?

– Je vous avoue que j’ai fini par remettre en doute votre légendaire intelligence, mais là vous m’épatez. Vous savez, inspecteur, Facebook ne fait pas la différence entre le compte d’un vivant et celui d’un mort, pour le réseau, il n’y a que des profils actifs et d’autres inactifs, et ses concepteurs n’aiment pas ces derniers. Il est donc très simple de redonner vie au profil d’un macchabée. Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir ce que deviennent les comptes des usagers après leurs décès ? La problématique est récente, car la première génération inscrite sur Facebook commence à peine à s’éteindre, la toile est de plus en plus peuplée de morts parce qu’on a trouvé le moyen de s’introduire dans les nerfs électriques de ce système. Adieu, inspecteur. À suivre…

Chakouche

Soufiane Chakkouche

Ecrivain et journaliste indépendant

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