La toile de la Veuve noire (Part 4/4)

LA TOILE DE LA VEUVE NOIRE
©DR
Part 1
Part 2
Part 3

A l’embouchure du jour, au moment où l’après-midi se déverse dans la nuit, la pluie ruisselait du ciel par filaments ininterrompus, lavant ainsi les souvenirs ensoleillés de la matinée. La boue avait investi le quartier Rahma en un temps record, Dalil le découvrit à ses dépends et maudissait encore plus cette journée noire. Même sa « sieste réparatrice » ne lui avait pas été d’un grand réconfort. En réalité, il n’avait pas réussi à fermer l’œil, l’angoisse de voir trainer dans la boue le raisonnement cartésien sur lequel il avait forgé toute sa pensée pendant ses 38 ans de loyaux services, ne voulait pas quitter sa gorge. Malgré ses ordres, personne n’était venu l’informer des résultats des fouilles et avait fini par se rendre, en taxi rouge, sur le lieu indiqué par la mort.

Ne pouvant plus avancer à défaut de bitume, la petite voiture cracha Dalil. Au loin, des gyrophares rouges et verts tournoyaient en silence au-dessus des véhicules tout-terrain de la police nationale. Ce mutisme parlait à l’inspecteur, il signifiait que la fatalité avait frappé et que rien ne servait plus de courir. Il se dirigea alors lentement vers les lumières, le cœur battant la chamade, chaque pas décidé augmentait sa fréquence cardiaque d’une unité. Il pataugea dans la bourbe pendant une bonne dizaine de minutes avant d’atteindre, le souffle court, ce qui ressemblait à une scène de crime comme il en avait vu des centaines. Il enjamba un cordon de sécurité mal fixé et avança droit vers Brahim.

– Brahim. Pourquoi personne ne m’a informé de la découverte du corps comme je l’ai demandé ?

– Si mes souvenirs sont bons inspecteur, c’est vous qui dites sans cesse qu’on commence toujours une conversation par bonjour. Alors, ami du soir bonsoir.

– Oui ! Mais cette journée de malheur n’est pas comme toujours. Bonsoir, répondit nerveusement le quinquagénaire.

– Personne ne vous a prévenu parce que vous n’avez pas de téléphone portable. Et puis, j’attendais l’identification du corps pour venir vous mettre au parfum. A ce propos, vous avez eu doublement raison, la victime est de sexe féminin et elle s’appelle bien Sophia, on a trouvé sur elle une carte d’adhésion au club d’échecs de Casablanca, annonça fièrement Brahim en agitant un petit papier.

– C’est tout ce que vous avez pu récupérer du corps, reprit Dalil sans transition, en pointant du doigt une sorte de paquet recouvert d’un drap blanc et dont les extrémités étaient souillées par la gadoue.

– Il y a là tout le corps inspecteur.

– Qu’est ce que vous dites ?

Brahim fit huit foulées, s’abaissa et découvrit par un geste sec, l’innocence violée.

– Par contre vous vous êtes gouré sur son âge inspecteur, il ne s’agit pas d’une femme adulte, mais d’un enfant de 8 ans. FIN

Chakouche

SOUFIANE CHAKKOUCHE

Ecrivain et journaliste indépendant

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