Les Français ne savent pas voter

présidentielle française

Il y a quelques couchers du Soleil de cela, je promettais ici, au pays du soleil couchant, sur ce même support, de chroniquer, tous crocs dehors, au sujet des élections présidentielles américaines et ces Américains qui ont raté leur rendez-vous avec l’Histoire. Soit, je ne vais faillir à ma parole qu’à moitié, puisque c’est bel et bien d’une présidentielle dont je vais vous parler, mais celle des Français, lâcheté et actualité obligent ! Après tout, que vaut une parole virtuelle ? Rien, absolument rien. Parole en papier !

Oui ! Mille et une fois oui ! Les Français ne savent pas voter – inutile de rappeler que cela n’engage que moi. Cependant, avant d’en venir aux faits, avant de vous donner les raisons de cette titraille radicale, j’aimerai revenir sur un point important à mes yeux de biche. Chiche, je me lance :

Au lendemain venteux du résultat final de la dernière élection présidentielle française, je croisai une vieille connaissance, une jeune gauloise (de ces « expats »  qui viennent au Maroc avec un CDD ou un contrat de stage, et que la magie de ce pays cloue sur place pour l’éternité. Vous voyez lesquels ?) Nous nous installâmes autour d’un fut en bois et commandâmes. Lorsque le serveur eut tourné les talons, Âne So (pour Anne Sophie, appelons la ainsi) me fixa d’un regard bleu Marine, leva son verre et l’entrechoqua contre le mien rempli d’un jus d’orange industriel, mais qui, ma foi, faisait honneur à Châaban. « À la victoire écrasante de Macron contre Le Pen. À la victoire du bien sur le mal. Tu vois Soufiane comment le peuple s’est uni contre Marine pour lui faire barrage. Tu vois, hein ? », me cria-t-elle, moi le marron ! avant de tremper ses lèvres un peu bleutées par le tabac dans le liquide à température ambiante. À l’évidence, elle avait déjà quelques verres dans le nez. Alors, ne sachant argumenter que par écrit (ou peut-être même pas), j’esquissai un sourire hypocrite. Suite à quoi, j’attendis quelques minutes avant de prétexter un rendez-vous bidon afin de s’extirper de cet « endroit du diable. »

Au premier café rencontré, je m’assis sur une chaise orpheline et un peu boiteuse. Je sortis mon vieux calepin rechargeable et mon Bic fidèle en toute saison, puis me mis à dessiner ces quelques mots :

« Comment le peuple et les médias de l’Hexagone peuvent-ils se réjouir d’une telle victoire ? Ont-ils la mémoire si courte que cela ? Certes, Macron l’a emporté avec une différence respectable s’agissant d’une démocratie : 66% contre 34% pour Le Pen, probablement beaucoup aidé par la redondance des bas du débat, sans oublier cette pratique, que le bon sens voudrait non démocratique, consistant à ce que les candidats éliminés au premier tour conseillent, voir ordonnent à leur partisans de voter en faveur d’un autre candidat. Quoi qu’il en soit ! si on rembobine le temps jusqu’à la présidentielle 2002, qui pour rappel, avait vu papa Le Pen au 2ème tour contre Chirac, et où je me voyais, telle Jeanne d’Arc, jugé à être juché sur un bûcher, car j’étais à l’époque étudiant là-bas (en statistiques, justement), on s’apercevra que papa Le Pen n’avait recueilli que 17% des voix, soit 2 fois moins que sa fifille en 2017. Alors, le raccourci est tentant : en 15 ans, les français (du moins ceux qui votent ; blanc ou pas, statistiquement on s’en fou) sont devenus 2 fois plus racistes, si bien sur on part du principe que le FN est un parti raciste, ce dont les paroles de papa Le Pen peuvent prouver sans peine. Autre petit rappel qui s’impose : en 2002, aucun institut de sondage n’a pu prédire papa Le Pen au second tour, car un grand pan des sondés avaient honte d’avouer qu’ils allaient voter  FN, phénomène qui a fini par biaiser toutes les études. Remarquons au passage, que ce n’est plus le cas, aujourd’hui les partisans du FN le clament haut et fort (souvent fort d’ailleurs), et donc les sondeurs voient plus juste. Et, concernant les petits malins qui me diront : « Oui ! c’est vrai, mais tu n’as pas pris en considération la variable augmentation de la population », et bien sachez que oui ! Pendant que le taux de vote en faveur du FN a augmenté de 100%  entre 2002 et 2017, la population française, elle, n’a augmenté que de 8%. En d’autres termes, l’argument démographique est une hérésie – au bûcher donc. Ajoutez à cela, le fait qu’avec un tel score, le FN devient la première puissance d’opposition du pays, il y a là de quoi s’inquiéter, non ? Et puis franchement, de quoi j’me mêle !

Quant à pourquoi ils ne savent pas voter. Simplement, parce que tout au long de cette violente campagne électorale, où on (euh ! ils) a même eu droit à un candidat fantôme qui se duplique en plein meeting !!! on a beaucoup entendu parlé de la sale forme, mais très peu du fond propre, c’est-à-dire de programmes, synonymes d’avenir des citoyens, ceux-là mêmes qui votent. On a choisi l’un parce qu’il était jeune et séduisant, on n’a pas choisi l’autre parce qu’elle était vulgaire ; on a choisi l’un par défaut, on n’a pas choisi l’autre parce qu’il se faisait offrir des costards… À ce propos, cette histoire d’accoutrement me fait penser à une autre de Sidi Abderrahman El Majdoub lors d’un diner. Hélas ! la narrer serait hors sujet. Et puis, j’ai encore une fois débordé sur le temps et les signes. Je le ferai la prochaine fois, promis, parole en papier !

Enfin, une dernière chose : pour ma part, si j’étais « François le français » comme dirait l’autre, j’aurais voté pour ce figurant de Jean Lassalle, parce qu’il est spontané, grand de taille et a une bonne tête, et cela n’engage que moi bien entendu. À bon entendeur ! Salaaamoualikoum.

Chakouche

Soufiane Chakkouche

Ecrivain et journaliste indépendant

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