Pour en finir avec les agressions sexuelles

victime viol

Le Maroc a été mouvementé cet été, depuis le lynchage d’une jeune femme à Tanger et jusqu’à la tentative de viol d’une malade mentale dans un bus, en passant par les actes zoophiles à Sidi Kacem qui ont fini par transmettre la rage à une dizaine de jeunes garçons.

En tant que militant, je me dois de prendre parti et d’être aussi clair que possible. En effet, à mon humble avis, il n’y a pas lieu d’emprisonner ces présumés violeurs ou lyncheurs. Ne vous arrêtez pas à cette ligne, suivez, je vous prie, mon raisonnement.

Gardons-nous de condamner d’emblée l’acte et commençons par nous poser une simple question : qu’est-ce qui pourrait bien pousser un jeune à violer ? Je dirais sans hésitation aucune que c’est à cause de l’inexistence d’une éducation sexuelle ni à l’école ni à la maison.

Aujourd’hui, personne n’est sans savoir que le système éducatif marocain est défaillant. Les éducateurs et les professeurs n’osent pas traiter de la sexualité sous prétexte que c’est un sujet tabou. Et quand un professeur d’éducation islamique a l’audace d’en parler, c’est souvent pour mettre en garde, mais malheureusement pas pour éduquer. Souvent, il condamne la concupiscence (shahawat) et les instincts sexuels alors que ceux-ci sont seulement censés suivre le chemin de la loi religieuse. « Quand Mahomet condamne la concupiscence, ce n’est pas pour la supprimer : sans elle, il manquerait quelque chose à l’homme, ce qui le rendrait inférieur. Mahomet veut que les passions soient dirigées vers des fins utiles, pour servir le bien public », écrit Ibn Khaldun dans sa Muqaddimah.

Il est alors grand temps d’introduire un manuel d’éducation sexuelle au sein des écoles, d’accompagner les jeunes frustrés sexuellement, socialement, etc., de revoir la politique urbanistique, et de mettre l’accent sur le rôle de la famille qui s’étiole.

Essayant d’appréhender la logique qui gouverne l’instinct sexuel, j’en arrive, en tant qu’activiste, à la conclusion que la société patriarcale que nous sommes régule l’instinct sexuel en introduisant des mesures ségrégationnistes en cantonnant les femmes dans les harems ou en couvrant les jeunes filles d’un voile à un si bas âge, au lieu d’intérioriser des principes moraux et sexuels dans la conscience de tout un chacun, rôle qui incombe aussi à la famille qu’à l’école mais qui, bien évidemment, n’est pas assuré. En conséquence, la passion charnelle non maîtrisée entraîne inévitablement un rapport sexuel forcé, en l’occurence le viol.

Maintenant, posons-nous une deuxième question : comment résoudre ces problèmes ?

La première solution qui pourrait venir à l’esprit de chacun de nous est l’emprisonnement, et c’est justement celle qu’il faut à tout prix éviter. En effet, au Maroc, la prison et les centres de protection de l’enfance sont des incubateurs de récidives, se nourrissent d’une philosophie punitive plutôt qu’une philosophie (ré) éducative. Par conséquent, en emprisonnant le corps, on ne prévient pas de nouvelles agressions sexuelles. Pire encore, l’incrimination de l’obsession sexuelle se transforme en acte banal et socialement autorisé au sein des établissements pénitentiaires. D’ailleurs, le mot argotique « tcharmil » a jailli de la prison en faisant référence à une situation de harcèlement sexuel de même sexe.

La société tient coûte que coûte à être intégrée dans le processus pénal et à figurer parmi les instances annexes. Force est de constater qu’elle s’impose en tant que juge annexe, sauf qu’elle n’apporte pas de valeur ajoutée au cours de la procédure pénale et à son issue, contrairement aux psychologues et psychiatres, aux associations, aux fonctionnaires de l’administration pénitentiaire, etc. Par son regard, elle favorise la prolifération d’un phénomène très redouté : la récidive.

« Il est laid d’être punissable, mais peu glorieux de punir », martelait Michel Foucault dans « Surveiller et punir ». Il est alors grand temps d’introduire un manuel d’éducation sexuelle au sein des écoles, d’accompagner les jeunes frustrés sexuellement, socialement, etc., de revoir la politique urbanistique, et de mettre l’accent sur le rôle de la famille qui s’étiole.

Walid Cherqaoui

Walid Cherqaoui

militant associatif et politique

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