Quelle place pour la politique de la ville dans le discours politique ?

ville
©DR

À la veille des élections législatives, sommes-nous en mesure de nous interroger sur la place qu’occupe la politique de la ville en particulier, et l’urbanisme en général, dans le discours politique?

S’il y a un thème central sur lequel doit porter le discours d’un candidat pour un mandat politique local ou régional, encore plus national, c’est bel et bien la politique de la ville sous ses différents prismes. Or, l’expérience nous montre que la classe politique –à quelques exceptions près- est loin de faire des atouts et des maux de la ville un plaidoyer, aussi bien pendant qu’après la période électorale.

Quelle place pour la question urbaine et le management des villes dans le discours de la classe politique en période électorale ? et Quels rôles ont les mass-média audio-visuels, presse écrite et électronique dans la promotion du débat autour de la question de la ville ?

Espaces de création de la richesse, aussi bien matérielle qu’immatérielle, les villes englobent aussi des lieux de précarité urbaine et d’inégalité spatiale. Dès lors, la ville doit être un matériau du débat politique pour la saisir à sa juste valeur, et comprendre la complexité du fonctionnement du système urbain.

Depuis des décennies, l’adoption de politiques et de stratégies tantôt mal inspirées, tantôt mal territorialisées, loin d’améliorer le sort des villes et de ses habitants, a joué un rôle souvent néfaste pour faire de nos villes des milieux de vie inclusifs et durables. De cette situation est né un désintérêt de la part de l’électorat et un décalage entre le temps urbain et le mandat politique, au point que des projets s’éternisent dans leur concrétisation et se transmettent d’un gouvernement à un autre.

Si des partis politiques proposent des mesures réalistes et réalisables, en revanche d’autres formations excellent dans l’énumération d’objectifs sans stratégie ni moyens pour les atteindre, à l’instar du souhait du PJD d’œuvrer vers une justice spatiale à partir d’une clé d’entrée sociale, alors que la clé d’entrée est avant tout une vraie relance économique comme le préconise le PAM et l’USFP.

La désertion des urnes par une partie de l’électorat peut trouver ses explications dans un discours politique loin des problématiques urbaines, notamment, celui des vendeurs des illusions et du discours irréaliste type emploi pour tous, logement pour tous, qui représente un facteur contribuant largement à la dévalorisation de l’offre en politique urbaine.

Il y a donc urgence à changer de trajectoire, à promouvoir un discours politique responsable qui tient compte des contraintes et des possibilités qui s’offrent aux décideurs politiques pour faire des villes des espaces durables sur le plan spatial et viables sur le plan socio-économique.

Les médias, pour un débat sur la ville

Avons-nous un électorat (simples citoyens, intellectuels, société civile) sensible à la question de la ville et capable d’interpeller les futurs parlementaires sur des questions en rapport avec la ville notamment la qualité urbaine, la sécurité urbaine, le transport urbain, la mixité urbaine, l’infrastructure de base, l’animation culturelle… ?

Répondre par l’affirmatif revient à occulter une réalité évidente à savoir l’absence d’un vrai débat dans notre paysage audio-visuel et presse écrite sur les questions en rapport avec la politique de la ville.

La seule fois que le fait urbain est sujet à débat et relayé par les médias c’est quand nos villes font face à une crise urbaine, notamment lors d’inondations, d’effondrement d’immeubles, d’insécurité urbaine et d’habitat insalubre etc.

Par ailleurs, faut-il reconnaître l’émergence d’un mouvement d’alerteurs qui s’appuie sur les réseaux sociaux pour partager de bonnes pratiques urbaines ou dénoncer les différentes formes d’atteinte aux milieux de vie ou carrément plaider pour des milieux de vie durables et viables.

Outil par excellence de formation de l’opinion publique, les médias peuvent jouer un rôle incontournable dans la compréhension et le fonctionnement de la ville, comme ils peuvent en occulter si leur programmation ne tient pas compte de cette problématique.

Pour conclure, pour que la politique de la ville puisse occuper la place qui lui revient dans le discours politique, il est temps de mutualiser les moyens de communication pour une appropriation du fait urbain par l’électorat, et il appartient aux acteurs politiques de concevoir une offre réaliste et réalisable sur la politique de la ville, capable à même de leur donner légitimité par les urnes.

Mostafa KHEIREDDINE

Mostafa KHEIREDDINE

Urbaniste senior/Université de Montréal - Chercheur en sciences de la ville

Suggestions d’articles