Yes, we can 

maroc
©DR

Pour que cette première chronique soit assise sur de bonnes assises, il faut qu’elle soit fondée sur la franchise. Par franchise donc, je dois vous confier un fait : une fois n’est pas coutume, en ces temps de tourmente, j’ai eu l’embarras du choix concernant le sujet de ce premier jet, les idées se sont bousculées dans mon crâne en rebondissant sur ses dures parois, provoquant un mal merdique.

Aussi, au nom de cet optimisme dont on me reproche souvent l’absence dans mes modestes écrits, j’ai opté pour le plus optimiste des thèmes en ma possession ! De ce pas, de cette année 2016, je ne vous parlerai pas de ce jeune homme au nom joyeux, parti disputer les Olympiades à la force des poings, et qu’il ne le put point à cause d’une accusation pour agression sexuelle; je n’écrirai pas cela parce que cette histoire est périmée, et que l’information est cannibale ! Je ne vous parlerai pas de la débâcle de nos athlètes à ces mêmes jeux, avec autour du cou une médaille orpheline, au métal pas vraiment noble qui plus est; je n’écrirai pas cela parce qu’au fond, ce n’est pas bien grave, ce ne sont que des jeux !

Je ne vous parlerai pas non plus de ce chanteur populaire, parti chanter à Paris et qu’il ne le put point à cause d’accusations de choses sexuelles, lui aussi; je n’écrirai pas cela parce qu’il y a présomption d’innocence ! Je ne vous parlerai pas également de toute cette saleté en papier que fut la campagne électorale, tous partis confondus; parce qu’en ces temps qui courent, il ne fait pas bon parler des ordures ou de bennes à ordures, au risque d’être broyé ! Voilà qui peut faire une bonne transition pour mon sujet rêve bleu. En fait, c’est de vert qu’il s’agit, puisqu’il est question de la fameuse Cop 22 !

     Il y eut trois jours de cela, très tôt le matin, aux alentours de 11h ! Je sautai littéralement dans un train en partance pour Marrakech. Quelques discussions de wagon plus tard, la machine déposa l’homme à l’heure, et j’en fus agréablement surpris. Toutefois, dès que mes pas eurent foulé le sol scintillant de cette magnifique gare, ma surprise fut encore plus grande. Et pour cause, la cité me sembla à peine fondée. Tout y était propre et sentait cette odeur caractéristique du neuf, du trottoir à la tenue des flics, en passant par les bus et le bitume. Des œuvres d’art illuminées par énergie solaire avaient jailli de nulle part. Des espaces verts et des arbres centenaires avaient poussé subitement de sous terre. Les marchants ambulants et les fous avaient disparu des rues comme par magie ; une pensée me pinça le cœur : j’espérai qu’Omar, ce gentil quinquagénaire fou qui rodait toujours autour de mon café préféré et dont je n’avais jamais su s’il était fou ou s’il avait tout compris, ne fût pas raflé.

Aussi, des poubelles à tri sélectif flambant neuves posaient partout fièrement. Et, les Marrakchis semblaient jouer le jeu, quelques-uns trièrent leur déchets devant mes yeux. Soudain, devant cette inhabituelle prise de conscience collective (passagère ou pas, Allah nous le dira !), une colère muette remonta de ma panse. « Bon sang de bon Dieu ! Pourquoi faut-il une Cop pour voir de telles choses ? Pourquoi fait-on cela pour les autres ? Et puis, rendez-moi Omar pour qu’il puisse me répondre. Ça y est, je deviens fou ! » Mais un trivial raisonnement me ramena à la raison, tout en me redonnant espoir : quand bien même tout cela pourrait s’avérer éphémère, une chose n’en demeure pas moins vraie, ce qui se passe actuellement à Marrakech est la preuve qu’ils peuvent, mais seulement quand ils le veulent. Alors, yes, we can. Oui, on peut.  Iiiyeh, n9edrou. A bon entendeur, salaaamoualikoum !

Chakouche

Soufiane Chakkouche

Ecrivain et journaliste indépendant

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